OBSERVATION
tshekuan quelque chose tshekuau quelque chose (obviatif)
nimin je bois niminnan nous buvons
nutapan mon auto nutapannan notre auto
shiueńu niminushim mon chat a faim shiueńńua uminushima son chat a faim
nimashinaikan mon livre nimashinaikannan notre livre
uikan nuiashim ma viande est bonne uikau uiashim sa viande est bonne
tshitakun tu me photographies tshitakunnau vous me photographiez

Description du problème

En innu, il n’y a pas beaucoup de doubles consonnes, car souvent, on écrit une voyelle entre deux consonnes, même si cette voyelle n’est pas prononcée, par exemple pimi graisse, nuapamimau je vois l’autre, niteńiten je pense qqch. Par contre, on n’écrit pas de voyelle non prononcée entre deux n.

On peut présenter ce problème orthographique en deux volets :

  • les doubles n qui font partie de l’orthographe lexicale, c’est-à-dire qu’on retrouve à l’intérieur du mot;
  • les doubles n qui résultent de l’ajout d’un suffixe commençant par n à un mot ou un radical qui se termine par un n.

Les doubles n qui font partie du mot

Lors de la standardisation de l’orthographe, il a été décidé d’écrire nn ces consonnes qui sont prononcées sans voyelle entre elles. Voici quelques exemples de mots contenant ces consonnes doubles.

EXEMPLES DE MOTS CONTENANT DEUX n
ińnu humain, amérindien ińniminan bleuet
ińnipi eau douce ińn extrêmement
manneu il enlève qqch uinnueu il déteste le voir
uinnakuan qqch est sale uińn gras sous-cutané
uteńni sa langue tatipanneu il trie des choses
shinneu il en sort le contenu en le pressant atimunnish singe
DIFFICULTÉ
Dans la plupart des dialectes, on entend bien les deux n quand on prononce ces mots. Toutefois, dans les parlers de Mamit, on ne prononce qu’un seul n. Les locuteurs de ces parlers doivent donc, à l’écrit, porter attention à ces mots qui contiennent deux n.

OUTIL

Le meilleur outil pour savoir comment écrire un mot qui contient des doubles n est le dictionnaire innu. Il est même possible de faire une recherche dans le dictionnaire pour trouver la plupart des mots contenant ces consonnes doubles.

STRATÉGIE D’APPRENTISSAGE POUR LES DOUBLES n

Une méthode d’apprentissage de l’orthographe des doubles n consiste à identifier des racines qui les contiennent et dont on apprend l’orthographe; cette méthode permet de connaître l’orthographe de plusieurs mots de la famille de cette racine; ainsi, les mots qui font référence à innu humain, amérindien, vivre, etc. à uinn gras, sale.

PÉDAGOGIE

Il peut être utile de faire des listes de mots qui contiennent deux n ne découlant pas de l’ajout d’un suffixe.

Les doubles n qui résultent de l’ajout d’un suffixe

tshekuan + ńuobviatif = tshekuau quelque chose
shiueń + ńuaobviatif = shiueńńua l’autre a faim
apu papań + ńitiobviatif = apu papańńiti l’autre n’arrive pas
nutapan + nan1re personne pluriel = nutapannan notre auto
nimin + nan1re personne pluriel = niminnan nous buvons
tshitakun + nau2e personne pluriel = tshitakunnau vous me photographiez
tshimiń + nan1re personne pluriel = tshimińnan tu nous donnes qqch
tshiuepań + nanuindéfini = tshiuepańnanu on s’en va

Pour bien écrire ces mots fléchis, c’est-à-dire qui prennent une marque grammaticale, il faut bien prendre conscience qu’on ajoute un suffixe qui commence par un n à un mot qui contient déjà un n en finale. On peut observer les exemples suivants où les mots de la colonne de droite (en gris) prennent un suffixe qui commence par un n :

EXEMPLES DE MOTS CONTENANT DEUX n résultant de l’ajout d’un suffixe
utapana des autos utapau l’autre auto
shiueńu il a faim shiueńńa l’autre a faim
nimukumana mes couteaux nimukumannan notre couteau
tshimińauau vous lui donnez qqch tshimińnau vous me donnez qqch
nikańanan nous le cachons tshikańnan vous nous cachez qqch
unipańu il se trompe unipańnanu on se trompe
atussenanu on travaille atussenau etati on travaille (obviatif) quand il est là
petakanu on entend qqch petakau unikamun on entend sa chanson
auen qui, quelqu’un aueua quelqu’un (d’autre)
eukuan voici eukuau voici (l’autre)

Voici les principaux suffixes qui commencent par un n et qui peuvent être ajoutés à un mot ou un radical qui se termine par un n :

  • le suffixe de l’obviatif qui peut être ajouté à des noms, des pronoms et des verbs :
    neńua umassinńua ces souliers; les souliers de l’autre
    takushinńipani ute auenńua quelqu’un (d’autre) est venu ici;
    shiueńńua neńua celui-là (l’autre) a faim;
    apu unipańńiti neńua celui-là (l’autre) ne se trompe pas;
    atussenanńu etati on travaille (obviatif) quand il est là;
  • les suffixes -nan et -nan de 1re et 2e personne du pluriel qu’on utilise avec les noms au possessif et les verbes conjugués :
    nimashinaikannan tshimashinaikannan tshimashinaikannuau
     notre livre notre livre (à toi et moi) votre livre
    nuńakannana tshuńakannana tshuńakannuaua
     nos tasses nos tasses (à toi et moi) vos tasses
    nishiueńnan tshishiueńnan tshishiueńnau
     nous avons faim  (mais pas toi) nous avons faim (avec toi) vous avez faim
    niminnan tshiminnan tshiminnau
     nous buvons (sans toi) nous buvons (avec toi) vous buvez
    tshikańnan tshikańnau tshikańnanitshe
    vous nous cachez,
    tu nous caches
    vous me cachez vous devez nous cacher
    tshitakunnan tshitakunnau
    vous nous photographiez,
    tu nous photographies
    vous me photographiez
  • les suffixes des verbes à sujet indéfini : -nanu, -nanipan, -nanishapan, etc., à l’indépendant; -nanut, -nanuti, etc., au conjonctif; les formes obviatives de ces suffixes indéfinis : -nannu, -nannipan, -nannishapan, etc., à l’indépendant; -nannut, -nannuti, etc., au conjonctif.
    shiueńnanu shiueńnanikupan apu shiueńnanut
    on a faim on devait avoir faim on n’a pas faim
    minnanu minnanipan apu minnanut
    on boit on buvait on ne boit pas

PÉDAGOGIE

L’orthographe des doubles consonnes découlent de l’ajout d’un suffixe qui commence par n à des mots ou radicaux qui se terminent par n doit faire l’objet d’un apprentissage spécifique, surtout dans les parlers de Mamit, où on n’entend pas ces doubles n dans la prononciation.